après un bref regain de confiance, les Bourses européennes repartent à la baisse

[Article mis à jour jeudi 16 juin, à 11h35]

L’accalmie semblait être revenue mercredi soir lors de la clôture des marchés, rassurés par la relevée plus stricte des taux par la Réserve fédérale américaine (Fed). Mais celle-ci aura été de courte durée. Pas totalement rassurés, les places asiatiques ont finalement clôturé en très légère hausse jeudi. Surtout, les indices européens cèdent à nouveau à la panique, à l’image du CAC 40, en recul de 2,22% à la mi-journée.

Or, la Fed devait convaincre durablement sur sa hausse des taux. “Nous devons assurer la stabilité des prix”tel est le leitmotiv de l’intervention de Jerome Powell, son président, pour justifier un relèvement des taux de 75 points de base (0,75 point de pourcentage)

En première reaction, les marchés financiers on apprécié cette volonté affichée de lutter contre l’inflation galopante. A la Bourse de New York, l’indice Dow Jones a progressé de 1%, le S&P 500 a gagné 1,46% et le Nasdaq, a forte coloration technologique, a grimpé de 2,50%.

En Asie ce matin, la Bourse de Tokyo remontait nettement dans le sillage de la veille à Wall Street. Mais à la clôture ce jeudi, l’indice vedette Nikkei terminait fragilement à +0,40%, après une journée dans le vert. Dans les premiers échanges à Hong Kong, l’indice Hang Seng gagnait 0.97%, pour finalement terminer à -2.17%.

Résultat, sur ce qui semble être une reaction en deux temps des marchés, les places européennes dévissaient ce jeudi, le DAX reculant de 2,59%, le FTSE italien à -2,55%, et la Bourse britannique, 40 à à % à la mi-journée.

Intervention surprise de la BCE

Plus tôt dans la journée de mercredi, la Banque centrale européenne (BCE) avait tenu une réunion surprise pour annoncer la mise en place d’un mécanisme de soutien aux économies de la zone euro dont les taux s’éta laientle envolaçant veil la monnaie unique. Ainsi, après six séances de recul, les indices européens s’étaient repris. Milan est remonté de 2,87%, Francfort de 1,36%, Paris de 1,35% et Londres de 1,20%. Mais le répit aura été de courte durée.

La BCE doit normalement amorcer en juillet un cycle de hausse de ses taux, le premier depuis 11 ans.

En opérant sa plus forte hausse des taux depuis 1994, la banque centrale americaine se veut “determine” à lutter contre l’inflation galopante. Cette hausse “est inhabituellement importante”a souligné le patron de la Fed, Jerome Powell, lors de sa conférence de presse. Il s’agit de la troisième hausse consécutive de ces taux, qui se situent désormais dans une fourchette comprise entre 1,50 à 1,75%, et donnent le ton pour les crédits accordés aux particuliers et entreprises.

Mais il faut s’attendre à d’autres relèvements du même ordre dans les mois à venir : “Dans la perspective d’aujourd’hui, une augmentation de 50 points de base ou de 75 points de base semble très probable lors de notre prochaine réunion”fin juillet, a d’ores et déjà prévenu le patron de la Fed. Ramener l’inflation autour de 2%, l’objectif cible, est devenue la priorité. La majorité des responsables de l’institution voient les taux grimper, d’ici à la fin de l’année, jusqu’à la fourchette de 3,25% à 3,50%.

Les chiffres de l’inflation en mai, publiés vendridi, avaient blzfait l’effet d’une douche froide : la hausse des prix n’a pas ralenti, comme cela avait été le cas en avril. Elle a même atteint un nouveau record en 40 ans, à 8,6% sur un an. La Fed privilégie une autre référence, l’indice PCE, dont les données pour mai seront publiées le 30 juin.

Les responsables de la Réserve fédérale ont égallement révisé mercredi à la hausse leurs projections d’inflation, tablant désormais sur 5,2% en 2022 et 2,6% en 2023, quand ils prévoyaient, en mars 3%, respectivement 4 ,7%.

Déséquilibre entre l’offre et la demande

L’inflation demeure “élevée, reflétant les déséquilibres entre l’offre et la demande liés à la pandémie, les prix de l’énergie plus élevés et plus largement les pressions sur les prix”, a souligné la Fed. L’institution rappelle que l’invasion russe en Ukraine et les sanctions contre la Russie ont cré “des pressions supplémentaires à la hausse sur l’inflation et pèsent sur l’activité économique mondiale”. En outre, les confinements anti-Covid-19 en Chine ont exacerbé les problèmes sur les chaînes d’approvisionnement.

Ce contexte général ralentit l’économie américaine. Désormais, la Fed anticipe une croissance économique moins forte que prévu cette année aux Etats-Unis, à 1.7%, contre 2.8% précédemment. Elle s’attend par ailleurs à ce que le taux de chômage s’élève à 3.7% fin 2022 et 3.9% en 2023, quand elle le voyait auparavant à 3,5%, son niveau de février 2020, juste avant la crise sanitaire, le plus bas depuis 50 ans.

La Fed se démène d’autant plus pour juguler l’inflation que sa crédibilité est en jeu. Ses responsables ont affirmé pendant des mois que cette hausse des prix ne serait que temporaire, et ont par conséquent commencé seulement en mars à resserrer la vis. Mais contrôler l’inflation sans faire plonger la première économie du monde en récession s’avère particulièrement délicat.

Éviter d’aller trop ou pas assez loin

“Que ce soit clair, nous ne sommes pas en train d’essayer d’induire une récession”a retorqué Jerome Powell. Nous essayons de ramener l’inflation à 2% (et conserver) un marché du travail solide.” Il avait estimé en mai que contrôler l’inflation sans récession restait atteignable, quoique difficile.

“Jay” Powell a reconnu qu’il y avait “toujours un risque d’aller trop loin ou pas assez loin”mais que “la pire erreur (…) serait d’échouer (a contrôler l’inflation), ce qui n’est pas une option”.

(Avec AFP)