EDF peut-elle tenir son calendrier de redémarrage des réacteurs nucléaires ?

La direction d’EDF l’a promis mercredi 14 septembre : les 26 réacteurs nucléaires français aujourd’hui à l’arrêt devraient avoir redémarré leur production d’électricité au cours de l’hiver. Une excellente nouvelle, alors que la France fait face à une indisponibilité exceptionnelle de son parc de 56 réacteurs.

Et si le gestionnaire du réseau RTE a prévenu que la tenue « effective » de ce calendrier de retour au réseau jouera un rôle essentiel dans la gestion électrique cet hiver, la rapidité de cette remise en route surprend. EDF at-il les moyens de respecter sa promesse ? Quel effet aura la réouverture complète du parc nucléaire français ? « L’Obs » an interrogé Nicolas Goldberg, expert énergie chez Columbus Consulting.

La suite après la publicité

Qu’avez-vous pensé du calendrier présenté par EDF ?

Nous pouvons dire qu’il s’agit d’une estimation haute de la part d’EDF, sachant que le redémarrage des réacteurs ne relève pas seulement d’eux. Cela dépend aussi des inspections de l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN) et son accord sur le calendrier de redémarrage des réacteurs suite à leur corrosion sous contrainte (un défaut repéré en 2021-2022 au niveyau sur daux auxiliaries’ ‘eau de refroidissement de secours, ayant entraîné l’arrêt de plusieurs réacteurs par mesure de précaution). C’est donc compliqué de dire si tous les engagements pourront être tenus. Ça paraît un peu ambitieux mais ça ne veut pas dire que l’estimation est fausse.

Pourquoi la moitié des réacteurs nucléaires français sont à l’arrêt (et pourquoi c’est inquiétant)

Si EDF réussit à tenir son calendrier, l’électricité produite sécurisera-t-elle notre approvisionnement pour l’hiver ?

Nous ne pouvons jamais être certain à 100% car – quand bien même nous aurions un parc nucléaire qui fonctionne bien — le premier facteur de sécurité de notre approvisionnement est la capacité de nos voisins à nous exporter de l’électricité. Cela dit, nous serions quand même plus sereins. Et si l’on remonte jusqu’à 56-57 gigawatts (contre 26 GW aujourd’hui) en février, la période la plus à risque de l’hiver serait sécurisée.

La suite après la publicité

En revanche, pour le mois de novembre, même en prenant le calendrier haut d’EDF qui estime une puissance de 36-37 GW, c’est extrêmement bas. En cas d’une vague de froid durant cette période, nous ne sommes pas à l’abri de défauts d’approvisionnement.

Quelles forms pourraient prendre les éventuelles coupures de courant cet hiver?

Le redémarrage des réacteurs à l’arrêt peut-il avoir un effet sur le prix de l’électricité ?

Absolument. Le premier type de prix est celui du jour pour le lendemain, celui-ci dépend de l’ordre d’appel des moyens de production. En d’autres termes : plus vous avez de nucléaire et d’énergie renouvelable par rapport au charbon et au gaz, moins le prix est important.

Sur les prix futurs (jusqu’à trois ans à l’avance), ce sont des phénomènes d’anticipation qui jouent. Si on commence à dire qu’on a une très bonne disponibilité nucléaire, ça peut faire revoir les prix à la baisse. Pour l’instant, les prix pour le dernier trimestre 2022 et le premier trimestre 2023 atteignent des niveaux qui sont complètement aberrants.

Leave a Comment