L’eau minérale Zillia est bien à l’abri de la sécheresse sévissant en Corse

Alors que le manque d’eau devient préoccupant en surface, la ressource souterraine semble être peu sensible aux variations climatiques. À l’usine de Ziliaun suits récupère à 80 mètres de profondeur une eau vieille de 30 ans dont les proprietés sont analysées quotidiennement.

En cette période estivale, l’usine de Zilia tourne à plein régime, de jour et bien souvent de nuit.

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« Les mois de juillet et août représentent chacun cinq à six fois le volume d’eau vendu durant un mois d’hiverconstate la patronne, Françoise Ciavaldini, alors que les bons chiffres de juillet viennent de tomber. Je ne peux pas vous dire combien de litres nous vendons chaque jour tellement le chiffre est énorme. Nous n’avons jamais vendu autant d’eau que cette année. Nous tournons au maximum de nos capacités et toutes les équipes sont mobilisées, dans le respect, bien sûr, des quotas annuels fixés par l’ARS. »

La corrélation entre une température élevée et la demande en eau coule comme une évidence pour la directrice, d’autant que la période estivale correspond avec celle du tourisme dans l’île. Mais d’autres facteurs plus subtils sont à prendre en compte. « Il faut aussi comprendre que l’augmentation de nos ventes est due aux difficultés de transport des eaux venues du Continentlivre Françoise Ciavaldini. En été, la priorité est donnée au transport de passagers. Plus il ya de voitures dans les bateaux, moins il peut y avoir de camions. Et comme l’eau est un produit à faible valeur ajoutée, les professionnels de l’agroalimentaire préféreront remplir leurs camions avec des produits à haute valeur ajoutée tels que l’huile, le sucre, le café. »

En verre ou en plastique, avec ou sans bulles, dans ses divers formats, l'eau puisée à 80 mètres sous terre semble se moquer de l'actuelle sécheresse.  Jean-Marie Colonna / Crystal Pictures

Environ 95 % de la production de la Sodez, Société d’exploitation des eaux de Zilia, se destine au marché corse.

Le pack de six bouteilles d’un litre et demi, qui est le produit phare de l’entreprise, représente à lui seul plus de dix millions de bouteilles vendues, soit 15 millions de litres. Une quantité à laquelle s’ajoutent les ventes dans tous les autres formats de 33 cl, 50 cl et un litre, en verre comme en plastique, en gazeux et en plat, en aromatisé et même en bonnes d’une vingtaine de litres.

Une ressource très stable

Alors qu’en surface, les cours d’eau s’assechent, les sources se tarissent, l’eau vient à manquer dans les villages, la ressource souterraine semble, elle, imperturbable.

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« Cette eau que nous puisons à 80 mètres sous terre ne vient pas des pluies ou des neiges de l’année passéeindique Françoise Ciavaldini. Elle met plus d’une trentaine d’années pour arriver là où nous la puisons ; ce qui garantit une certaine indépendance par rapport à la sécheresse actuelle. Le débit est le même toute l’année, comme la température et les proprietés chimiques. C’est grâce à cette stabilité quasi parfaite que notre eau a été labellisée minérale en 2015. Cette eau est le cœur de notre activité, nous faisons tout pour la préserver. Ce torrent sous-terrain qui coule sous Zilia ne se retrouve pas de partout. Il ya eu cinq années d’études hydrogéologiques préalables avant de décider d’implanter l’usine ici. »

À Zilia, la hausse des cours du verre, du bois, du carton et de l'énergie inquiète davantage que le manque d'eau.  Jean-Marie Colonna / Crystal Pictures

L’usine de Zilia dispose de son propre laboratoire. L’eau est surveillée et analysée pour mesurer la quantité, l’acidité, la température, la conductivité et d’autres paramètres techniques. Ces données, qui doivent être stables, sont conservées sur le long terme et transmises à l’agence régionale de santé, qui suit l’activité de près.

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« Un arrêté préfectoral définit le quota d’eau à prélever chaque annéeprécise Claude Cristelli, le responsable qualité de la Sodez. Ce quota d’exploitation, fixé par l’ARS, a évolué en 2015 lorsque nous sommes devenus une eau minérale. Il est défini par des hydrogéologues en fonction de l’estimation de la ressource disponible. Des calculs complexes permettent de fixer une limite au-delà de laquelle la ressource ne se renouvelle pas. Pour la première fois, cette année, nous atteignons ces quotas. »

Dans un contexte de sécheresse et de pénurie d'eau, la disponibilité de la ressource souterraine ne fait pas défaut.  Jean-Marie Colonna / Crystal Pictures

L’eau puisée à Zilia s’est préalablement infiltrée sur les contreforts du Montegrossu, à environ 1 000 mètres d’altitude.

Elle cheminerait ensuite lentement dans la roche granitique avant d’être puisée, 30 ans à 50 ans plus tard. L’absence de zones urbanisées et d’exploitations agricoles, autour du lieu d’infiltration et en amont, participe aussi à la qualité et à la stabilité de la ressource.

À Zilia, les difficultés ne viennent pas de la matière première. En revanche, l’approvisionnement en carton d’emballage, en bois pour les palettes, en verre, ainsi que les coûts de l’énergie, réduisent les marges et la rentabilité.

« Heureusement qu’il ya encore le plastique pour mettre de l’eau en bouteille »conclut, non sans amertume, la patronne des eaux de Zilia.

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